Province du Rhin et Avant-Mars

Roi Friedrich Wilhelm IV., Heinrich Heine, Coblence
Roi Friedrich Wilhelm IV., Heinrich Heine, Coblence

La Rhénanie autour de 1815. Alors notre région fait partie du Royaume de Prusse sous le Frédéric-Guillaume III (en allemand Friedrich Wilhelm III., 1797-1840). Au début, il y a deux provinces prussiennes, Bas-Rhin et Jülich-Clèves-Berg. En 1824, les deux sont combinés dans la « province du Rhin » avec Coblence comme capitale.

Le Rhin romantique et l’âge d’or de la culture

Les décennies après la victoire sur Napoléon en 1815 sont un âge d’or de la culture, de l’art et de la science. Karl Friedrich Schinkel, le grand architecte et peintre, nous a donné non seulement de nombreux bâtiments du « Berlin classique », il a également pris soin de petits et de grands bâtiments et monuments à travers tout le territoire prussien. Dans la vallée du Rhin, le roi lui confie la restauration du château Stolzenfels près de Coblence.

C’était le temps du Rhin romantique. Vers 1820, les premiers bateaux à vapeur naviguent sur le Rhin, et un peu plus tard un à un les lignes de chemin de fer apparaissent. Mont Drachenfels avec la ruine médiévale au-dessus inspire Lord Byron et Heinrich Heine, les deux lui dédient un poème. À l’époque, Heinrich Heine est étudiant à l’université de Bonn, et déjà comme jeune homme, il a des ennuis avec les autorités prussiennes.

Drachenfels

Au début du 19e siècle, les dommages causés aux Drachenfels sont devenus alarmants. En 1826, une partie des murs de la ruine s’écroule. Deux ans plus tard, les autorités prussiennes ordonnent l’arrêt des toutes les carrières au Drachenfels En 1829, le Drachenfels est classé comme monument historique et de ce fait mis sous ordonnance de conservation. En 1835, le gouvernement prussien achète la partie supérieure des Drachenfels avec la ruine, pour sa protection.

Restauration

Pourtant, en dépit de toute beauté et romantisme, c’est un temps d’oppression politique et de pauvreté extrême. Par conséquent, les années entre 1815 et 1848 sont considérés comme « le temps de la restauration » ou « avant-mars » (en allemand Vormärz), se référant à la révolution du mars 1848.

Plus que tout autre, l’homme politique autrichien Metternich domine cette époque. A ses yeux, la liberté d’opinion, la liberté de la presse et la liberté de réunion ainsi que la lutte pour l’unité nationale signifient agitation et une menace pour la sécurité – par conséquent, lui et d’autres princes les répriment par force. Les sociétés d’étudiants, en allemand « Burschenschaften », qui aspirent à une nation allemande unifiée et plus des libertés, sont interdites, les professeurs et les étudiants sont mis sous surveillance par l’Etat, les journaux et les livres sont censurés.

On peut bien dire que l’état de Metternich est un état policier. Lorsque le poème de Heine « Die Nacht auf dem Drachenfels » (la nuit sur le Drachenfels) est publié, son œuvre est déjà été censuré. Personnes suspectes sont considérés démagogues et poursuivis. Parmi eux se trouvent des hommes de grand mérite, comme l’homme d’État prussien et réformateur Freiherr von und zum Stein, le général Gneisenau et le professeur Ernst Moritz Arndt de Bonn.

La révolution de Juillet en France 1830 fait une différence en l’Europe. Le 27 mai 1832, quelque 25.000 personnes de toutes les couches sociales, parmi eux des Français, des Polonais et des Italiens, participent à une fête populaire, les manifestions politiques étant interdites, sur le château Maxburg à Hambach en Rhénanie-Palatinat. Acclamés par la foule, les parleurs exigent les droits démocratiques et la fraternisation de tous les peuples libres. C’est du dynamite politique, et les autorités renforcent la répression: les libéraux et démocrates sont poursuives, la littérature et la presse sont censurées de manière encore plus stricte.

Après avoir protesté contre la violation de la constitution, sept professeurs très respectés de l’université de Göttingen sont expulsés de l’État de Hanovre, parmi eux le frères Grimm.

Misère noire, émigration

L’avant-mars est aussi un temps de grave pauvreté. Après 20 ans de guerre en particulier la vie rurale est très dure: de nombreux terrains agricoles sont ruinés, le revenu ne suffit guère pour vivre, il n’y a presque pas de soins médicaux et la mortalité infantile est très élevée. Après plusieurs mauvaises récoltes et l’année sans été 1816, l’Europe connait une famine. Désespérés, de nombreuses gens abandonnent leurs foyers et partent pour l’Amérique du Nord.

Après la fin des guerres napoléoniennes, de plus en plus de produits industriels en provenance de l’Angleterre arrivent en l’Allemagne, et ici aussi l’industrialisation commence. À l’époque, beaucoup de gens travaillent dans l’industrie à domicile, ils fabriquent des clous et des couteaux, ils filent et tissent pour gagner leur vie. Aussi des familles d’agriculteurs à petite échelle dont les terres ne les nourrissent plus font un peu d’argent ainsi. Mais l’industrie à domicile n’a aucune chance contre l’industrialisation à grande échelle.

Plus des machines sont mis en service, plus de gens perdent leur travail. Un métier à tisser mécanique remplace 200 travailleurs, c’est une catastrophe pour les tisserands, et ni des salaires de misère, ni le travail de femmes et même des enfants ne change rien. De nombreux artisans tombent dans la misère, en particulier ceux dont les produits sont en concurrence avec les produits de l’industrie.

Des paysans appauvris et artisans sans emploi innombrables partent pour les villes de l’industrie, dans l’espoir de trouver du travail dans les usines, et le grand nombre de demandeurs d’emploi baisse les salaires. Les conditions de travail sont terribles, il n’y a pas de lois pour protéger les travailleurs, et les conditions de vie sont désastreuses. Malgré le travail le plus dure beaucoup de gens ne peuvent gagner leur vie eux-mêmes. Nous parlons d’un temps de paupérisation.

Des poètes et écrivains écrivent sur la grande pauvreté, parmi eux Heinrich Heine. Son poème nommé « Die Schlesischen Weber » (les tisserands silésiens) fait hommage à la révolte des tisserands silésiens, écrasée par le militaire prussien. Il est bientôt interdit par le gouvernement prussien. En 1844, il écrit « Deutschland. Ein Wintermärchen » (l’Allemagne. Un conte d’hiver). La police le recherche.

Références

L’image est de www.zeno.org zenodat.

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