La Grande Guerre

Etricourt détruit, 1918
Etricourt détruit, 1918

Aujourd’hui, nous disons Première Guerre mondiale, parce que nous nous savions qu’il y avait une Seconde Guerre mondiale. À l’époque, c’était la Grande Guerre.

1914-1916

Au début du XXᵉ siècle, deux blocs, tous armés au maximum, s’affrontaient. D’un côté l’Angleterre, la France et la Russie (« Triple Entente ») de l’autre côté l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie (« Dreibund », en guerre « Empire centraux »). L’Autriche-Hongrie, l’empire des Habsbourg, l’état multiethnique, était un anachronisme et sur le point de s’effondrer. À l’Est, les Balkans étaient une « poudrière » qui pouvait exploser à tout moment.

Coups de feu mortels à Sarajevo

Puis, le 28 juin 1914 à Sarajevo, un nationaliste serbe a fusillé l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie Franz-Ferdinand et sa femme Sophie. Les traces menaient en Serbie, à une société secrète « Union ou mort », plus connue sous le nom de « Main noire ».

Pendant que l’on fêtait l’été, une activité diplomatique intense se déroulait en coulisses. Les chefs militaires préparaient secrètement une guerre.

Grande Guerre, "Adieu", le dernier tableau d'August Macke, troupes allemandes en France
« Adieu », le dernier tableau d’August Macke, troupes allemandes en France

La diplomatie a échoué. Au début d’août de 1914, les puissances européennes étaient en guerre. Presque partout, en Allemagne aussi, le patriotisme était plus fort que tout autre sentiment. Les soldats étaient convaincus qu’ils se battaient pour une juste cause. Beaucoup se portaient volontaires pour aller au front. Parmi eux étaient deux peintres du « Cavalier bleu », les amis August Macke et Franz Marc.

C’était la guerre la plus terrible l’Europe n’avait jamais vu. Ensuite, elle s’étendait à plusieurs continents et les puissances européennes mobilisaient des soldats de leurs colonies pour renforcer leurs troupes. À la mer du Nord, la flotte britannique a pris position contre la flotte allemande pour couper l’Allemagne et les Empires centraux du commerce et des ressources de l’outremer. 

Grande Guerre, infanterie allemande lors d'une attaque au gaz dans les Flandres
Infanterie allemande lors d’une attaque au gaz dans les Flandres

Le front ouest

Les troupes allemandes ont vite occupé une grande partie de la Belgique et du nord-est de la France et espéraient une victoire rapide. Pourtant, lors de la bataille de la Marne, en septembre 1914, les forces françaises et britanniques les ont arrêtées. Les lignes de front en France changeaient peu jusqu’à la fin de la guerre.

Une éreintante guerre d’usure a commencé. Des millions de soldats épuisés et tendus des deux côtés creusent des tranchées. La plupart des chefs militaires croyaient aux offensives et ordonnaient des assauts frontaux, mais les mitrailleuses et l’artillerie à tir rapide, utilisées en combinaison avec les tranchées et les emplacements de barbelés, donnaient un avantage crucial à la défense. Un grand nombre de soldats ont été tués lors des assauts frontaux. Les commandants des deux camps ne parvenaient pas à mettre au point des tactiques permettant de percer les positions retranchées sans subir de lourdes pertes. Avec le temps, cependant, la technologie a commencé à produire de nouvelles armes offensives, telles que la guerre des gaz et le char d’assaut.

Depuis février 1916, une bataille meurtrière fait rage à Verdun. Les deux amis August Macke et Franz Marc s’étaient portés volontaires pour le front, mais ils ne reviendront pas. Macke est mort en septembre 1914 en Champagne, Marc lors de la bataille de Verdun en mars 1916.

Grande guerre, Hindenburg, Guillaume II, Ludendorff
Hindenburg, Guillaume II, Ludendorff

1917

Le Haut Commandement

À cette époque, l’empereur Guillaume II n’avait plus le contrôle. C’étaient les chefs du haut commandement allemand, le général Paul von Hindenburg et quartier maître général Erich Ludendorff, qui prenaient toutes les décisions.

En 1917, ils ont convaincu Guillaume II de déclarer la guerre sous-marine à outrance contre tous les navires étrangers. En vain, le chancelier Bethmann-Hollweg les a prévenus que dans ce cas, les États-Unis entreraient en guerre aux côtés des Alliés.

Entrée en guerre des États-Unis

Les États-Unis, sous la direction du président Woodrow Wilson, étaient restés neutres jusqu’à présent. Au contraire, lors de la campagne électorale de 1916, le slogan « Il nous a tenus à l’écart de la guerre ! » avait gagné de nombreuses personnes pour Wilson. Tout d’abord, les États-Unis démocratiques étaient plus proches des gouvernements démocratiques de l’Entente. En outre, le président Wilson luttait pour « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Enfin, il ne faut pas oublier les liens économiques entre les États-Unis et l’Angleterre ainsi que la France.

L’invasion allemande de la Belgique neutre avait créé un climat hostile à l’Allemagne. Après le torpillage du paquebot britannique Lusitania par un sous-marin allemand en 1915, l’hostilité devenait de plus en plus forte. Pourtant, à partir de février 1917, l’Allemagne pratiquait la guerre sous-marine à outrance. En outre, le Royaume-Uni avait intercepté un télégramme diplomatique allemand dans lequel le ministre des Affaires étrangères offrait au Mexique une alliance contre les États-Unis. Alors le Congrès américain a décide, le 6 avril 1917, l’entrée en guerre contre les empires centraux.

La propagande de guerre allemande

Le haut commandement ainsi que les partis de droite continuaient à poursuivre des objectifs de guerre expansionnistes et offensifs. La propagande de guerre allemande promettait sans cesse la victoire. Mais la population souffrait de plus en plus, et les tensions sociales éclataient. Les ouvriers dans les usines d’armement faisaient la grève. Les gens devaient travailler très dur, 12 heures par jour, pour un salaire minimum, et ils n’avaient presque rien à manger en raison d’un blocus maritime britannique en mer du Nord.

Pas de résolution de paix

La faction sociale-démocrate du Reichstag s’est séparée sur la question de crédits supplémentaires pour financer la guerre. La majorité autour de Friedrich Ebert a voté pour les crédits et ensuite exclu la minorité qui était contre. Ceux-ci ont formé peu après le Parti social-démocrate indépendant. Matthias Erzberger du parti catholique Zentrum a proposé au Reichstag une motion de paix qui a été adoptée par la majorité des députés. Le haut commandement, par contre, y voyait un aveu de faiblesse et a imposé la démission du Chancelier Bethmann-Hollweg. Désormais, Ludendorff dictait la politique allemande.

1918

La paix par la victoire à l’Est

À l’est, Hindenburg et Ludendorff ont vaincu l’armée russe. Après la révolution d’octobre en Russie, Lénine a offert la paix en novembre 1917. Pendant un mois, le haut commandement et les bolcheviks négocient tandis que les combats se poursuivaient jusqu’à ce que la très dure « paix par la victoire » a été imposée à la Russie en mars 1918 à Brest-Litowsk.

La défaite

Après la victoire à l’est, le haut commandement a ordonné une nouvelle offensive à l’ouest pour vaincre les Alliées. Ils rejetaient avec véhémence les « Quatorze Points » proposés le président américain Woodrow Wilson. Cependant, en juillet 1918, l’armée allemande était à bout de forces. La grande offensive victorieuse des Alliés a eu lieu le 8 août 1918 dans la bataille d’Amiens. La défaite militaire de l’Allemagne était inévitable. Au même temps, l’état multiethnique d’Autriche-Hongrie s’est effondré et a dû demander l’armistice.

Démocratisation d’en haut

En octobre, le Haut Commandement a informé Guillaume II qu’il n’y a plus d’espoir et que l’Allemagne devait demander l’armistice sur la base des « Quatorze Points » de Wilson. Cependant, il était clair que le président Wilson ne négocierait pas avec les autorités impériales. Alors le haut commandement a proposé une « démocratisation d’en haut », c’-est-à-dire que les partis politiques démocratiques participaient au nouveau gouvernement. Pourtant, ce n’était qu’un calcul politique cynique : ainsi, les partis démocratiques devaient faire face aux conséquences désastreuses de la défaite, alors que personne ne tiendrait les autorités impériales et le haut commandement pour responsables. Plus tard, Ludendorff et Hindenburg allaient prétendre que l’armée avait été était invaincue en bataille, mais abattus par un coup de poignard dans le dos par les révolutionnaires et les grévistes à l’arrière du front.

Par les « réformes d’octobre », le régime de Guillaume II a adopté, à contre-cœur, un régime parlementaire. Le chancelier, Max de Bade, était responsable devant le parlement, le Reichstag. Pour la première fois, les sociaux-démocrates faisaient partie du gouvernement.

Erzberger

Ce n’était que maintenant que le haut commandement a révélé la vérité tout entière au gouvernement : la situation était sans espoir, l’armistice devait être fait à toutes les conditions. Un homme politique démocratique devrait représenter l’Allemagne, Matthias Erzberger du Parti du Centre. C’était une tâche très difficile, car des régions entières du nord-est de la France et de la Belgique étaient dévastées et devenues un environnement hostile pour des années à cause des mines et des gaz toxiques. Toujours en retraite, les chefs de troupes allemands avaient donné l’ordre de tout brûler. Le 7 novembre, Erzberger est part du quartier général à Spa, alors en tant que représentant de l’Empire allemand.

Révolution

Le 8 novembre, Erzberger est arrivé à Compiègne. Pendant qu’il négociait, les événements en Allemagne se sont précipités. Le 9 novembre 1918, la révolution allemande a atteint la capitale Berlin. Une grève générale a eu lieu, des centaines de milliers de personnes sont marchés vers le centre de la capitale. Le chancelier Max de Bade avait bien compris qu’il n’avait plus le contrôle de la situation, et que Guillaume II ne pouvait pas rester sur le trône. Il l’a exhorté à abdiquer en faveur d’un régent, pour sauver au moins la monarchie. Guillaume II cependant ne lui a pas répondu. Finalement, Max de Bade a agi selon son propre jugement : sans autorisation, il a déclaré l’abdication de l’empereur. Peu de temps après, il a démissionné et nommé Friedrich Ebert (SPD) chancelier.

Cependant, il était trop tard, les foules ne se calmaient ni s’en allaient pas. Vers 14 heures ce jour-là, le social-démocrate Philipp Scheidemann a proclamé la République allemande à la fenêtre du Reichstag. Il n’avait aucune autorité légale pour le faire, mais il voulait prendre de vitesse le spartakiste Karl Liebknecht qui, à peu près au même temps, a hissé le drapeau rouge au balcon du château royal de Berlin et proclamé la République socialiste libre d’Allemagne.

En effet, la situation était incertaine. La Ligue Spartacus était petite, mais Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg étaient des figures populaires et charismatiques ; d’innombrables personnes les écoutaient. Personne ne pouvait dire avec certitude à quel point la gauche radicale était vraiment forte. À Russie, les bolcheviks n’étaient jamais majoritaires, avaient pris le pouvoir par la force, tué la famille du tsar et plongé le pays dans une guerre civile. Aujourd’hui, les historiens s’accordent à dire que l’on avait surestimé le danger d’une révolution bolchevique en Allemagne. À l’époque, les gens étaient en état de choc, car la révolution de Lénine, c’était la terreur.

Ebert luttait pour une transition paisible de l’empire à la république, c’est pourquoi il cherchait de coopérer avec les partis bourgeois et l’armée et gagner les anciennes élites à l’État démocratique. Le 10 novembre, un gouvernement provisoire est formé. C’était le Conseil des députés du peuple (en allemand : Rat der Volksbeauftragten),  composé de représentants du SPD et de l’USPD, avec Ebert à la tête.

Armistice

À Compiègne, Erzberger n’était pas au courant des évènements à Berlin. Il faisait de son mieux pour négocier, mais il n’y avait pas de vraies négociations. Du côté des Alliés, le maréchal français Foch exigeait l’acceptation inconditionnelle de toutes les demandes. Les troupes allemandes devaient évacuer immédiatement les pays envahis, de plus les territoires allemands sur la rive gauche du Rhin. Après, la rive gauche serait ocupée par des troupes alliées. De plus, l’Allemagne devait payer des réparations immédiates, le traité de paix germano-russe de Brest-Litovsk serait annulé. La loi martiale restait en vigueur, le blocus naval n’était pas été levé.

La délégation allemande n’avait pas le choix. Erzberger avait un télégramme de Berlin signé par « le chancelier », mais qui était le chancelier ? Après avoir consulté le maréchal Hindenburg, Erzberger a signé. C’était le 11 novembre 1918, et le même jour, l’armistice est entré en vigueur.

Guillaume II s’enfuit

Alors l’empereur Guillaume II était déjà de l’histoire ancienne, bien qu’il n’avait pas encore officiellement abdiqué. Le 10 novembre, il s’est réfugié aux Pays-Bas, état neutre. La reine Wilhelmine lui a accordé l’asile et ne l’a pas livré aux Alliés. Cependant, on ne lui permettait pas de quitter sa propriété aux Pays-Bas.

XXᵉ siècle
Le court XXe siècle | La Grande Guerre | Révolution allemande de 1918/19 | Occupation de la Rhénanie | République de Weimar | Allemagne Nazie | Seconde Guerre Mondiale | République fédérale d’Allemagne

Références

Les photos dans cet article sont de la Wikipedia allemande, sous licence  Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Germany.

  • Deutsche Infanterie während eines Gasangriffs in Flandern, Bundesarchiv, Bild 183-R05923 / CC-BY-SA 3.0
  • Etricourt, Soldat zwischen beschädigten Gebäuden, Attribution: Bundesarchiv, Bild 104-0608A / CC-BY-SA 3.0

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