Occupation de la Rhénanie et séparatisme

Occupation de la Rhénanie, Rhin et Drachenfels, vers 1921
Rhin et Drachenfels, vers 1921

Rhénanie, novembre 1918. L’armistice a mis provisoirement fin aux combats de la Grande Guerre. Pourtant, la loi martiale restait en vigueur et l’occupation de la Rhénanie commence.

Après la révolte des marins à Kiel, la révolution s’étendait dans tout le pays. L’incertitude quant à l’avenir façonnait l’ambiance en Rhénanie.

Retraite

Selon l’armistice, les troupes allemandes devaient évacuer la rive gauche du Rhin avant le 4 décembre, 6 heures du matin. Les soldats, qui étaient encore en France et en Belgique, se dépêchaient de revenir. Au bord des routes et des ponts, de nombreuses personnes les attendaient, tout en espérant que les soldats pouvaient leur donner des nouvelles de leurs proches.

Les villages de Königswinter et de Dollendorf paraissent des campements. D’innombrables unités de troupes marchaient dans les rues, soit à pied, à cheval ou en camions et autres charrettes. Le ferry circulait de jour et de nuit pour transporter des personnes et du matériel de la rive gauche à la rive droite du Rhin, ainsi que les bateaux de la ligne Köln-Düsseldorfer et d’autres compagnies. Les bataillons de pionniers ont construit des ponts pontons sur le Rhin. Il fallait loger les officiers et les équipages. Malgré la défaite, les gens faisaient de leur mieux pour accueillir les troupes de façon amicale.

Les troupes alliées au Rhin

Comme la propagande de guerre avait promis la victoire jusqu’au dernier moment, la défaite a pris gens totalement par surprise. Alors, la situation a brusquement changé. L’occupation de la Rhénanie commence, plusieurs dizaines de divisions américaines, belges, britanniques françaises occupaient la rive gauche du Rhin et des « têtes de pont » sur la rive droite. Une bande de 50 km de large sur la rive droite du Rhin était désormais zone démilitarisée. La guerre est terminée, mais ni les Rhénans ni les soldats d’occupation venus de loin ne sont pas encore en paix.

L’idée d’une Rhénanie autonome

L’incertitude quant à l’avenir a façonné l’ambiance en Rhénanie, surtout comme en France, certains pensaient à une séparation de la Rhénanie de la Prusse, du Reich allemand ou même une annexion.

Sur le plan géographique et culturel, la Rhénanie était plus proche à l’Europe de l’Ouest qu’a la Prusse. Sur le plan politique, les conflits du passé jetaient une ombre persistante sur les deux peuples voisins au Rhin. Les provinces perdues, la proclamation de l’Empire allemand à Versailles, et alors la guerre dévastatrice. Pour la France, l’Allemagne était un ennemi trop puissant sur le plan de l’économie et de la démographie. Les combats n’avaient pas eu lieu en Allemagne, tandis que de vastes régions en France et en Belgique étaient détruites, minées et empoisonnées, donc un environnement hostile pour les années à venir.

« État tampon »

C’est ainsi que l’idée d’un « État tampon » est née. On la discutait sur les deux côtes du Rhin, et en Allemagne ainsi qu’en France, il y avait des opposants et des partisans d’une Rhénanie autonome et démilitarisée.

Déjà le 10 novembre 1918, un jour avant l’armistice et un jour après la proclamation de la République à Berlin, on parlait à Cologne d’une République rhénane dans le cadre du Reich, mais après rien ne se passait. Pourtant, il fallait parvenir à un accord avec la France qui permettrait aux deux pays de vivre ensemble en paix.

Adenauer

À cette époque, Konrad Adenauer, plus tard le premier chancelier de la République Fédérale d’Allemagne, était le maire de Cologne. Le 1ᵉʳ février 1919, il a prononcé un discours devant les représentants de territoires occupés. Il a proposé de diviser la Prusse et de joindre ses provinces de l’ouest dans une « République de l’Allemagne de l’Ouest » C’était donc l’autonomisme rhénan, c’est-à-dire détache la Rhénanie de la Prusse, mais elle demeure allemande au sein de l’Empire allemand. Adenauer voulait briser la « caste belligérante « qui avait dominé en Prusse. Ainsi, a-t-il dit, la république pouvait vivre en paix avec la France et la Belgique. Désormais Adenauer était un homme controversé.

Dorten

D’autres séparatistes réclament l’indépendance de la Rhénanie. Le 1ᵉʳ juin 1919, un groupe autour du docteur Hans Adam Dorten (1880-1963) occupe le bâtiment du gouvernement à Wiesbaden, Hesse, soutenu par les troupes d’occupation françaises. Dorten proclame la République rhénane au sein de l’Empire allemand. Des intellectuels et journalistes français l’encouragent ainsi que le général français Mangin. Cependant, des grèves et des manifestations de masse le forcent à prendre sa retraite quatre jours plus tard, sous protectorat français.

État libre de Prusse (1919-1932)

Beaucoup de gens pensaient que la Prusse, comme état militaire et autoritaire, pèserait trop lourd sur la jeune république. Il y avait des plans sérieux pour la diviser. Pourtant, la Prusse est restée et a obtenue une constitution démocratique.

Enfin, on a aboli le système de vote restrictif en faveur du suffrage universel et tous les hommes – et femmes ! – adultes. À la différence des autres états allemands, il y avait toujours une majorité démocratique en Prusse. Tout au long des années de la République de Weimar, l’État libre de Prusse était un « pilier de la démocratie », comme l’a dit Gustav Stresemann.

Dispositions du Traité de Versailles

Le 28 juin 1919, le traité de Versailles a été signé. La Rhénanie restait démilitarisée, et des troupes alliées occupaient la rive gauche du Rhin et les têtes de pont de Cologne (secteur britannique), Coblence (secteur américain) et Mayence (secteur français) pendant une période de 5 à 15 ans. De plus, les Alliés se réservaient le droit d’occuper l’Allemagne en cas d’infraction au traité.

En outre, les Alliés ont mis en place la Haute commission interalliée aux territoires rhénans (HCITR). C’était donc une commission civile représentant les gouvernements au lieu d’une commission militaire représentant les armées. Le président était le Français Paul Tirard.

Smeets et la Commission interalliée

Après son coup d’État, Dorten était hors-jeu pendant plusieurs mois. Alors, c’est Joseph Smeets qui fait parler de lui.

Smeets

Avec son Parti républicain du peuple rhénan, il exigeait un État rhénan indépendant. Seule une Rhénanie indépendante et neutre, argumentait-il, pouvait servir d’État tampon entre la France et l’Allemagne, pour assurer la paix et contribuer à écraser le militarisme prussien. Son parti était radicalement anti-prussien.

Déclaration de Königswinter

Alors les représentants des grands partis se sont réunis à Königswinter le 9 juin 1921 et ont adopté une déclaration. Pour l’instant, ils voulaient renoncer à toute initiative visant à organiser un référendum en Rhénanie, selon l’article 18 de la Constitution de Weimar.

Désaccord au sein de la Commission

En juillet 1921, Smeets a été convoqué par le ministère public de Cologne et arrêté un peu plus tard. Comme il était sûr d’être persécuté pour des raisons politiques, il a porté son cas devant la Commission Rhénane. La procédure a traîné pendant des mois. Tirard, le président, a exigé la libération de Smeets, le représentant belge l’a rejoint. Le représentant britannique a dit qu’il était erroné d’intervenir dans une affaire intérieure allemande. Le représentant américain a soutenu son collègue britannique, mais n’avait pas le droit de vote.

Ce n’est qu’au début de 1922 que les commissaires alliés ont accepté de laisser l’affaire aux tribunaux allemands. Pourtant, ils se sont réservé le droit d’intervenir avant l’exécution d’une sentence. Lorsque Smeets a finalement été déclaré coupable, Tirard a insisté pour que la sentence ne soit pas exécutée. Lui et le commissaire belge ont mis leur collègue anglais en minorité et la sentence contre Smeets n’a pas été mise en exécution.

Le 17 mars 1923, Smeets a été abattu et grièvement blessé dans son bureau de Cologne ; après cela, il ne pouvait plus diriger son parti. Il est mort en 1925 des conséquences de sa blessure.

La situation s’aggrave

Avec l’occupation de région de Ruhr, aussi en Rhénanie occupée les tensions entre les troupes françaises et les habitants s’aggravent. Des troupes françaises aussi entrent dans des villes Bonn et Königswinter ; quelque 350 personnes sont exilées à Bonn. Alors beaucoup de jeunes hommes qui avaient été bannis et vivaient des « subventions Ruhr » se joignent aux groupes séparatistes.

Les Rhénans démoralisés

Au septembre de 1923, le chancelier du Reich Stresemann avait terminé la résistance passive. En vue des conséquences dévastatrices, il n’avait pas de choix. Pourtant, pour les habitants des territoires occupés, la situation s’aggravait encore. Pendant des mois, ils s’étaient battus, a enduré les privatisations et a résisté à la pression épuisante. Pourtant, alors il leur semble que tout cela ait été vain. Pas un seul soldat étranger n’était parti. Déjà la droite, et pas seulement elle, parlait de la « capitulation à la Ruhr ».

L’économie était paralysée. Presque personne n’avait de travail, et avec l’inflation dévastatrice, les salaires ne valaient bientôt plus rien le soir du jour de paie. L’aide aux chômeurs suffisait à peine pour vivre – si les commerçants et les agriculteurs acceptaient même le papier-monnaie presque sans valeur. De nombreuses personnes ne savaient plus comment subvenir aux besoins leur famille.

Va-t-on-abandonner la Rhénanie à son sort ?

Le gouvernement du Reich préparait une réforme monétaire, mais la nouvelle monnaie saine ne serait pas introduit dans les territoires occupés. En parlait même de couper les paiements de soutien aux territoires occupés afin de réduire la quantité de monnaie en circulation.

Dans cette situation désastreuse, les membres du gouvernement du Reich ont sérieusement envisagé de séparer les territoires occupés en Rhénanie du Reich et de les laisser à leur sort. Le peuple se sentait abandonné.

La République Rhénane

Entre-temps, les partis séparatistes s’étaient regroupé, Dorten et Smeets avaient formé avec Josef Friedrich Matthes le Mouvement rhénan unifié. Comme la situation se détériorait de plus en plus, ils pensaient qu’il était temps d’agir.

Les séparatistes au pouvoir

Le 21 octobre, ils ont occupé Aix-la-Chapelle dans la zone belge, trois jours plus tard Bonn dans la zone française et enfin Coblence le 25 octobre. Ils se sont emparés des bâtiments publics et y ont proclamé la « République Rhénane » et hissé le drapeau rhénan rouge-blanc-vert. Au château de Coblence, ils ont formé un « gouvernement provisoire de la République Rhénane » avec Matthes à sa tête. Le commandant français l’a confirmé un jour plus tard. Pourtant, il était évident que la majorité des gens n’étaient pas au côté des séparatistes.

« Réquisitions »

Le « gouvernement provisoire » a levé ses propres troupes, les « forces de protection de la Rhénanie ». Parmi eux se trouvaient des personnes qui avaient été expulsées ou qui avaient tout perdu, mais aussi des éléments criminels. La situation s’est aggravé quand le « gouvernement provisoire » a ordonné des « réquisitions ». Alors les troupes ont envahi les villages et ont « réquisitionné » des biens matériels et de la nourriture dans une mesure qui dépassait largement leurs besoins.

Ces pillages ont façonné l’image que les gens de notre région avaient des séparatistes. Le 25 octobre 1923, les séparatistes ont « envahi » Königswinter, comme l’on a rapporté les journaux locaux. Ce choix des mots est compréhensible si on se rend compte de ce qui s’est passé : un groupe de non-résidents, pour la plupart, est entré dans la ville, a occupé la mairie à main armée et a harcelé les citoyens, le tout sous la protection des soldats français.

Palatinat autonome

Dans le Palatinat aussi, des efforts ont été faits pour se séparer de la Bavière et aussi du Reich. Dans le cabinet de Matthes et Dorten se trouvait également le séparatiste palatin Franz-Josef Heinz. Début novembre 1923, il a pris la tête des séparatistes du Palatinat. Des troupes armées, soutenues par les autorités militaires françaises, occupent les bâtiments publics des grandes villes. Le 12 novembre 1923, la « République palatine dans l’Union de la République rhénane » est proclamée à Speyer.

La « Bataille des Siebengebirge »

Les séparatistes allaient souvent en voiture dans les villages tout près pour réquisitionner des aliments, ou, du point de vue des gens, pour les voler. Les gens formaient des groupes de défense. Le 15 novembre 1923 un combat est éclaté entre un groupe de séparatistes et les défenseurs du village, près du village Aegidienberg, dans lequel quatorze séparatistes et deux locaux ont été tués. Un monument à Aegidienberg-Hövel nous rappelle cette bataille.

Des citoyens Rhénans qui combattent et tuent des séparatistes Rhénans, c’est peut-être difficile à comprendre. Il faut souligner que les séparatistes n’avaient pas le support de la majorité des Rhénans. On ne les voyait pas comme libérateurs, mais comme voleurs, et on ne croyait pas dans leur conviction patriote. De plus, les représentants officiels de la « République Rhénane » n’étaient pas en mesure de fournir leurs gens sans réquisitions et, pire encore, de tenir à l’écart des éléments criminels. Finalement, les séparatistes étaient supportés, du moins tolérés par le militaire français.

Une fin atroce

Enfin, les conditions cadres ont changé, la France et la Grande-Bretagne se sont mises d’accord pour mettre fin aux tendances séparatistes.

Sur le plan politique, c’était la fin de la République Rhénanie, et sans le soutien du militaire français, elle menait un combat perdu d’avance. À Coblence, Matthes a démissionné le 27 novembre. Lui et Dorten, ils sont allés en exile en France. Les « forces de protection de la Rhénanie » ont été dissoutes. Ceux qui avaient de la chance ont reçu un peu d’argent et un complet des Français, le reste a été abandonné à son sort. Le 17 janvier 1924, les séparatistes se retirent de Königswinter.

Les séparatistes palatins ont connu une fin atroce. Le 9 janvier 1924, Heinz et ses proches ont été assassinés à Spire par des membres d’une organisation armée nationaliste, le Bund Wiking, avec l’accord du gouvernement bavarois. Le 12 février 1924, une foule a mis le feu au bureau de district de Pirmasens et l’a pris d’assaut. Seize séparatistes ont été tués ou lynchés, et parmi les assaillants, il y a eu six morts et douze blessés graves.

Finalement, le 28 décembre 1924 la « République Rhénane » a cessé d’exister.

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Retronews, L’éphémere République Rhénane

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